Il a fait don de 2 millions de dollars aux Afro-américains victimes de violences policières et participé aux marches pacifiques à Chicago. Récemment annoncé milliardaire par Forbes, il a influencé des générations de musiciens, rappeurs pour la plupart.
Néanmoins, les médias préfèrent souvent rappeler ses dérapages ou déclarations parfois douteuses, plutôt que de reconnaître son génie artistique.

Natif de Chicago, né d’un père photographe proche des Black Panthers et d’une mère professeure à l’université, Kanye Omari West est loin des clichés du rappeur issu des quartiers défavorisés et impliqué dans un quelconque trafic illicite. Passionné par la musique, il quitte la faculté d’art dès la première année et se lance dans le beatmaking.

Il signe en 2001 chez son futur ami et mentor Jay-Z en tant que beatmaker. Mais West vise plus haut. En effet, il sort en 2004 son premier album en tant que chanteur, “The College Dropout”. Les récompenses commencent alors à pleuvoir – Grammy du meilleur album rap, un des 500 meilleurs albums de tous les temps selon “Rolling Stone” et tant d’autres.

Il crée alors son propre label, G.O.O.D Music et sa carrière est enfin lancée. Deux albums très reconnus et adulés suivent alors: Late Registration (2005) et Graduation (2007).
Le décès soudain de sa mère, peu après la sortie de son troisième album, le bouleverse pour toujours. Il sombre alors dans une profonde dépression et rien ne semble arrêter sa dépression.

“808’s and Heartbreaks” (2008) marque un tournant dans l’histoire du hip-hop. Une fois de plus loin des clichés du rap, cet album, aux sonorités électro-pop et R&B, est une introspection et un cri de désespoir. Il influencera des artistes comme Drake, Childish, Gambino, Frank Ocean, Tyler The Creator, Travis Scott…

En parallèle, l’artiste se lie d’amitié avec Virgil Abloh, qui participe à la création de la pochette de l’album 808’s and Heartbreaks. Il se lance ainsi dans la mode, avec une collaboration avec Louis Vuitton en 2009 et des stages chez Fendi. Sa carrière dans la mode est lancée avec Nike puis Adidas par la suite avec la marque Yeezy qui est de nos jours un véritable empire.

D’un point de vue musical et artistique, Kanye West se réinvente à chaque album – “My Beautiful Dark Twisted Fantasy” (2010) est un album virtuose et adulé par la critique, “Watch The Throne” (2011) est un masterclass avec son ami et mentor Jay-Z, “Yeezus” (2013) est un album expérimental aux accents électro et rock…

Une partie de sa carrière reste obscurcie par des troubles mentaux – très narcissique et mégalomane, il est atteint de troubles bipolaires et même interné en asile en 2016. Ses déclarations loin du politiquement correct contre Taylor Swift et aux côtés de Donald Trump ternissent son image, mais n’enlèvent rien à son génie musical et artistique.

Par sa versatilité et créativité musicale de tout bord, mêlant rap, pop-rap, hip-hop, rock et synthpop, son apport à la musique contemporaine est l’un des plus importants depuis Michael Jackson, grâce à son influence et originalité. Depuis 2016, ses albums ont pris une tournure plus sage et mélodique, tout en critiquant les problèmes sociaux et raciaux au sein de son pays, avec des albums comme “The Life of Pablo” (2016), “Kids See Ghosts” avec son ami Kid Cudi (2018), “Ye” (2018). Il a pris une tournure plus religieuse en réalisant l’album de gospel “Jesus Is King”, mais il une fois de plus effacé les frontières du genre, mêlant musique religieuse et “profane”. Ses collaborations avec Elton John ou Paul McCartney, ses shows comme le “Saint Pablo Tour” ou le “Sunday Service” font de lui l’artiste le plus innovateur de sa génération, sur scène ou dans ses albums. Néanmoins, ses qualités de rappeur sont parfois remises en question, tout comme les paroles de certaines de ses chansons. Il reste sans aucun doute l’un des plus grands artistes hip-hop (vivants) de tous les temps, au cotés de Nas, André 3k, Eminem ou Jay-Z …

Quant à ses déclarations très controversées sur l’esclavage ( souvent sorties de leur contexte) et son soutien à Donald Trump semblent être plus un combat contre la dictature du politiquement correct qu’un réel soutien au programme du républicain.

Philippe Farnier

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