Une certaine gauche face à l’Allemagne nazie…

Ian Brossat nous l’avait ainsi joliment expliqué lors des européennes de 2019, il y a maintenant un an : la France doit, en substance, toutes ses avancées sociales au PCF, tout en rappelant que « le PCF, c’est 75 000 fusillés ! ».
Sans disserter bien longuement sur de tels propos, qui lui ont permis d’obtenir le score inégalable de 2,5% des suffrages exprimés lors de cette élection, il convient cependant de réévaluer le rôle trouble joué par une certaine partie de la gauche française, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale.
Nous nous pencherons aussi bien sur les individus, les cadres, que sur les les partis et ses organes de presse.
Il convient cependant de rappeler quelques faits historiques. En 1935, France et URSS signent toutes deux le Traité franco-soviétique d’assistance mutuelle, qui stipule, comme son nom le laisse présager, que les deux pays doivent se défendre l’un comme l’autre en cas de guerre. Il est signé par un Ministre des Affaires étrangères du doux nom de Laval.
En 1939 est signé le Traité de non-agression entre l’Allemagne et l’Union soviétique, comportant des clauses secrètes concernant le partage d’États tels que les pays baltes, la Finlande ou encore la Pologne. La même année, la Pologne est envahie. La France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne en réaction. S’en suit la bataille de France, qui verra la capitulation de cette dernière suite à six semaines de combats. L’URSS et l’Allemagne entrent en guerre en 1941 suite à la mise en œuvre du Plan Barbarossa.

Deux postures existent au sein d’une partie de la gauche française aux prémices de la guerre : les pacifistes forcenés et les « collabos ».
Comme le montre l’historien israélien Simon Epstein, nombre des personnalités refusant la guerre avec l’Allemagne et même nombre des « collabos » étaient issus des rangs Dreyfusards, de l’antiracisme, de la gauche radicale et communiste comme des syndicats ouvriers.

Quelques syndicalistes et associés :

– Robert Louzon (1882-1976) fut un syndicaliste révolutionnaire très actif dans la lutte contre les nationalismes. Membre du PCF au début des années 1920, il finança un journal (Révolution prolétarienne) positionné à l’ultra-gauche anticolonialiste et pacifiste. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il refuse toute guerre contre l’Allemagne ; après celle-ci, son journal Révolution prolétarienne s’en prendra au sionisme avec virulence.
– Hubert Lagardelle (1874-1958) était un militant dreyfusard, fondateur de la revue Le Mouvement socialiste. Il se sentit très proche de Benito Mussolini entre les deux guerres mondiales ; le Duce affirma d’ailleurs avoir été inspiré par ses théories. Il apporta son soutien au Maréchal Pétain.
– Georges Yvetot (1868-1942), syndicaliste dreyfusard, fut président du COSI (dont on reparlera par la suite). Favorable à l’Allemagne nazie, il fut un des poids lourds du collaborationnisme de gauche.
– René de Marmande (1875-1949) était un journaliste pacifiste proche de la CGT qui prôna la collaboration pendant la guerre.
– Francis Delaisi (1873-1947) fut membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes entre les deux guerres ; par pacifisme et volonté d’intégration européenne, il se rallia au parti de gauche collaborationniste (RNP) de Marcel Déat et écrivit dans le journal La France socialiste.
– Alexandre Zévaès (1873-1953) était un député socialiste et dreyfusard, il fut orateur d’un banquet de célébration de la Révolution française organisé en juin 1939 par l’Association des immigrés juifs de gauche et l’Union des sociétés juives de France. Il prôna pendant la guerre la collaboration avec l’Allemagne au nom d’un idéal socialiste et européen.
– René Belin (1898-1977) était un syndicaliste et secrétaire général adjoint de la CGT qui fit figure de successeur de Léon Jouhaux (dirigeant de la CGT). Belin est proche de la LICA (Ligue internationale contre l’antisémitisme, ancêtre de la LICRA). Belin prend la parole à la grande réunion organisée par la LICA au Cirque d’Hiver à Paris le 19 juin 1939, y dénonce le racisme et l’antisémitisme et proclame sa solidarité avec les Juifs. Moins de dix-huit mois plus tard, en tant que Ministre de la production industrielle, il est cosignataire du statut des Juifs de 1940.
– Philippe Merlin, venu de l’extrême gauche pacifiste et « trotskisante », il milite avant la guerre à la Fédération des étudiants révolutionnaires. Il rejoindra la Waffen-SS et sera éditorialiste au très collabo Jeune Force de France.
– Marc Augier (1908-1990) vient lui de la gauche socialiste et dreyfusarde ; il anime le centre laïc des auberges de jeunesse (CLAJ), devient membre du cabinet ministériel de Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux Loisirs et au Sport du Front populaire. Il rejoindra la LVF et la Waffen-SS.
– René Binet (1913-1957), membre de la IV Internationale, adhérent à la CGT et divers partis trotskistes avant la guerre, il s’engagera dans la Waffen-SS en 1944, et sera un porte-parole du néonazisme dans la France des années ’50.
… et d’autres encore

Quelques Hommes politiques et autres influents :

– Félicien Challaye (1875-1967), normalien de la même promotion que Charles Péguy, il est militant dreyfusard, anticolonialiste, socialiste et pacifiste. Tout en écrivant contre l’antisémitisme, il refusa toute guerre avec l’Allemagne et écrivit dans des revues de la gauche ouvrière pro-allemande comme L’Atelier ou Germinal.
– Anatole de Monzie (1876-1947) fut un militant dreyfusard et socialiste, qui défendit également le sionisme. Membre du comité d’honneur de la LICA, il critique ensuite « par pacifisme » les Juifs qu’il rend responsables de la montée en puissance d’un climat de guerre et se montre partisan d’une conciliation avec l’Allemagne. Pendant la guerre, il publia des articles dans la presse collaborationniste de gauche.
– Pierre Laval (1883-1945), vient lui de l’extrême-gauche révolutionnaire. Dreyfusard et membre de la SFIO, il fut signataire d’appels antimilitaristes. Internationaliste et pacifiste, il signe en 1935 le pacte entre la France et l’Union soviétique. Pierre Laval est avant-guerre nettement philosémite : un grand nombre de ses clients, de ses collaborateurs les plus fidèles, et de ses amis sont juifs. Son comportement changera par la suite.
– François Chasseigne (1902-1977), fut dirigeant des Jeunesses communistes, était un militant antimilitariste et anticolonialiste, ce qui le conduira à faire de la prison. Il est « ami de la LICA » en 1936, il rejoindra les « amis de la Waffen-SS » en 1944. Il devint ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement de Vichy.
– Pierre Cathala (1888-1947) fut membre du parti radical et plusieurs fois ministre dans les années ’30. Il est signataire d’une protestation des avocats de Paris contre les traitements odieux infligés aux intellectuels et est un ami de la communauté juive. Il sera ministre des finances de Laval en 1942 et fondateur du RNP (dont on parlera par la suite) de Marcel Déat.
– René Bousquet (1909-1993), radical-socialiste, proche de Roger Salengro, occupant après la victoire électorale de la gauche en 1936 un poste stratégique, il jouera un rôle important dans la déportation des Juifs de France.
– Max Bonnafous (1900-1975), normalien, intellectuel nostalgique de Jean Jaurès, vient du centre-gauche. Il est candidat à la députation en 1936 et proclame son soutien au Front populaire. En avril 1942, il est ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement de Pierre Laval.
– Gaston Bergery (1892-1974), membre du parti radical et député de Mantes en 1928, il entre en rapport avec la LICA en 1932. « Le racisme et l’antisémitisme sont contraires à l’idée de nation » affirmera-t-il. Il trouvera néanmoins les Juifs trop nombreux dans les cabinets ministériels du gouvernement Blum. Il sera ambassadeur de Vichy à Moscou et Ankara.
– Charles Spinasse (1893-1979), Ministre de l’économie du Front populaire, ami de Léon Blum, il prônera la collaboration avec l’Allemagne, sera proche de Marcel Déat et créera Le Rouge et le Bleu, journal de gauche pro-européen et favorable à la collaboration. Il fut aussi député.
– Louis Sellier (1885-1978) succéda à Frossard à la direction du parti communiste et se ralliera à la SFIO en 1937. Il militera dans différents groupes favorables à la collaboration.
– Paul Marchandeau, radical-socialiste, fut l’auteur de la première législation antiraciste en France. Il deviendra par la suite un soutien constant du Maréchal Pétain et de la Révolution nationale, programme d’État de Vichy.
– Marcel Déat (1894-1955), député SFIO durant 3 mandats. En 1933, il est exclu du parti pour ses doctrines de plus en plus autoritaristes et son soutien au cabinet Daladier. Il participe la même année à la création du Parti socialiste de France. Il sera Ministre du Travail et de la Solidarité Nationale aux dernières heures de Vichy.
– Paul Perrin (1891-1950) était député de la Seine, membre de la SFIO, puis néo-socialiste, et membre du comité central de la LICA. Il participera aux instances dirigeantes du RNP, fréquentera France-Europe, groupe collaborationniste de gauche.
– Jacques Doriot (1898-1945) progressa très vite dans la hiérarchie communiste, il fut député durant 13 années. En 1936, après son exclusion du Parti communiste, Doriot fonde le Parti populaire français (PPF) et reprend le journal La Liberté, qui prend position contre le Front populaire. Durant la guerre, Doriot est un partisan radical de la collaboration et contribue à la création de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) et combat personnellement sous l’uniforme allemand sur le front de l’Est, avec le grade de lieutenant de la Waffen-SS.
– Pierre Thurotte, conseiller municipal SFIO de Saint-Quentin, délégué à la propagande des Jeunesses socialistes. Il ralliera le PPF et prendra la parole au deuxième congrès national du PPF au nom des socialistes ayant rejoint le parti (moins nombreux que les communistes). Il en sera membre du bureau politique et très actif dans l’appareil du parti pendant la guerre.
– Marcel Gitton (1903-1941) fut député entre 1936 et 1940. Numéro Trois du Parti Communiste au début de la guerre, il rejoindra par la suite le Parti ouvrier et paysan français, il fut un fervent collaborationniste.
– André Marty (1886-1956) était un député, membre influent du parti communiste dont il sera exclu en 1952, il a aussi été le secrétaire de l’Internationale communiste de 1935 à 1943, date de sa dissolution. Il critiquera avec virulence la « guerre impérialiste » menée par le gouvernement Daladier. Condamné deux fois aux travaux forcés ainsi qu’à la déchéance de nationalité, il sera réintégré afin de contrebalancer le risque de guerre civile communiste dans la France de la Libération. Il sera un des plus « grands » contestataires de la guerre contre l’Allemagne nazie.
– Marcel Cachin (1869-1958) fut député durant 30 ans et sénateur durant « seulement » quatre années. Socialiste puis communiste, il est membre du bureau politique du PCF, il est le directeur du journal L’Humanité de 1918 à sa mort (soit durant 40 années). Il est l’un des seuls à critiquer « l’impérialisme nazi » (et non pas anglo-français…), il avalise cependant l’invasion de la Pologne par l’URSS. Alors que la bataille de France est perdue, il écrira une lettre publique contre le « terrorisme » (le terrorisme dénoncé consistait en le fait d’assassiner des soldats de l’Occupant…ce que l’on appelle désormais Résistance)

Enfin, la figure la plus importante est évidemment celle de Maurice Thorez (1900-1964). Membre du Parti communiste français (PCF) dont il a été le secrétaire général de 1930 à 1964, il sera, après guerre, également ministre de la Fonction publique de 1945 à 1947 et vice-président du Conseil entre 1946 et 1947. Alors que la guerre éclate en septembre 1939, il déserte et part à Moscou, ce qui lui vaudra une condamnation à 6 ans de prison et déchéance de la nationalité française. Il ne rentrera en France qu’à la Libération, au bénéfice d’un accord secret entre De Gaulle et Staline, lui permettant d’être de nouveau intégré au système politique, en échange de l’assurance que Staline ordonne aux communistes français de ne pas se révolter contre De Gaulle malgré la dissolution des milices patriotiques communistes.

Ainsi, nombre de postes importants de l’administration de Vichy revenaient à des membres de la gauche, alors qu’une grande partie des dirigeants des diverses organisations de gauche ont, au mieux été pacifistes, voire contribué à la défaite de la France.
Mais, me diriez-vous, ce ne sont que des individus après tout… Quid des mouvements dans leur ensemble ?

Le pacifisme et la collaboration ont ainsi su compter sur des organisations syndicales, des médias mais aussi sur des partis politiques.

Alors que la guerre éclate le 3 septembre, les communistes découvrent l’existence des clauses secrète au pacte germano-soviétique. La CGT exclut tous ceux refusant de contester ce pacte, la totalité des communistes en accord avec la posture du Komintern sont donc écartés.
L’hebdomadaire fasciste l’Atelier verra ainsi s’y rassembler un grand nombre d’anciens cégétistes. En effet, le comité de rédaction était presque entièrement composé de cadres du syndicat, comme Georges Dumoulin (franc-maçon et secrétaire général CGT du Nord, futur dirigeant du RNP), Pierre Vigne (secrétaire général de la fédération du sous-sol), Aimé Rey (secrétaire de l’union départementale CGT Ain-Jura), Marcel Roy (secrétaire de la fédération des métaux) ou encore Gaston Guiraud (secrétaire de l’union départementale CGT de la région parisienne)…
Nombre de cégétistes se retrouveront aussi au sein des instances partisanes de collaboration. On pense par exemple à Georges Albertini, ancien secrétaire des Jeunesses Socialistes et membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (quelle ironie!), qui deviendra le secrétaire général du RNP de Marcel Déat.
Aussi, on raconte souvent les exploits de Résistance de la base cheminote de la SNCF, mais l’on oublie souvent de citer le patron cégétiste et membre de la SFIO Marcel Bidegaray, à la tête de la fédération des travailleurs des chemins de fer, qui collaborera et sera d’ailleurs exécuté par la Résistance en 1944.
Enfin, rien que pour les citer, on aura une pensée toute particulière pour Fernand Hamard (secrétaire de la fédération CGT techniciens, dirigeant des Jeunesses communistes et journaliste à L’Humanité, il deviendra rédacteur en chef de revues collabos), Paul Cognet, (ex-dirigeant de la fédération CGT habillement), Gabriel Lorriot (ex-secrétaire général CGT des ports et docks,) ou encore Armand Masbatin (cégétiste qui deviendra membre du Conseil national du gouvernement de Vichy), et enfin Francis Million (directeur du quotidien cégétiste le Peuple jusqu’en 1936, qui deviendra secrétaire général de la Main-d’œuvre et des Assurances sociales pour le maréchal Pétain).

L’Humanité ainsi que le PCF sont interdits dès les prémices du conflit en ce qu’ils sont favorables à la paix, et donc contraires à ce que la France se défende face à l’Allemagne.
Comme le montre l’historien russe Vladislav Smirnov dans la Revue des études slaves de l’Université Paris IV Sorbonne, le PCF suivra ardemment les ordres de Moscou concernant son action: le PCF se doit de suivre les ordres du Komintern pour la lutte contre l’impérialisme et pour le camarade Staline !
Empêcher une guerre se fait de diverses manières.
Le PCF préconise ainsi la désertion (« Soldat, sous l’uniforme, tu restes travailleur »), Thorez en est l’exemple.
Des historiens tels que Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre considèrent aussi depuis quelques années la question du sabotage : des tracts sont distribués afin de réduire à néant l’effort de guerre, (« par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toutes vos ressources d’intelligence, empêchez, retardez, rendez inutilisables toutes les fabrications de guerre. »), des tanks, des munitions, des canons, des armes sont défectueux, des pilotes mourront aussi du fait de « dysfonctionnements malheureux » provoquant des explosions en vol.
Le PCF, interdit par l’État Français, rentre même en pourparlers avec le régime nazi, une fois la bataille de France perdue, afin de refaire publier, non clandestinement, L’Humanité. Ce projet n’aboutira pas, non pas à cause d’un retrait du PCF, mais à cause (ou plutôt grâce) à l’absence de réponse de la part des autorités d’Occupation. Le PCF proposait l’établissement d’une Humanité, certes toujours favorable à Staline, mais prônant la lutte contre l’impérialisme (comprendre britannique et français) et soumise à la censure allemande.
Jusqu’en 1941, date de dissolution du pacte Berlin-Moscou (à cause de l’invasion allemande en URSS et non pas d’un retrait de Staline…), le PCF se refusera, en tant qu’organisme et parti, même clandestin, de prôner la Résistance à l’Allemagne comme lutte première. Avec le reversement des relations entre Staline et Hitler, le PCF, toujours à la botte de Moscou, entre enfin officiellement dans la Résistance contre l’occupant, deux ans après le début du conflit.

Il existe cependant des partis et organisations de gauche ayant collaboré jusqu’au bout, nous les évoquerons très succinctement :

– Le Parti ouvrier et paysan français (POPF), actif de 1941 à 1944 et composé d’anciens parlementaires et élus locaux du PCF.
– Le COSI (Comité ouvrier de secours immédiat) officiellement chargé d’aider les familles ouvrières sinistrées par les bombardements (déblaiement, aide financière)… sauf que les sommes généreusement redistribuées aux familles de sinistrés ont pour une bonne part été prises sur les biens spoliés des juifs.
– Le Parti populaire français (ou PPF), fondé en 1936 et dirigé par Jacques Doriot, ancien député communiste de Saint-Denis, 20 000 à 30 000 membres.
– Le Rassemblement national populaire (ou RNP), fondé en 1941 et dirigé par Marcel Déat, ancien député socialiste SFIO, puis, néo-socialiste, parti de classes moyennes, plus « modéré » que le PPF, 20 000 à 30 000 membres.
– Le Mouvement Social Révolutionnaire (MSR), dirigé en 1942-1944 par Georges Soulès, socialiste SFIO membre du cabinet de Charles Spinasse dans le gouvernement du Front populaire, jusqu’à 16 000 membres.
-La Ligue de pensée française, composée de militants et intellectuels de gauche (SFIO, ex-PCF, radicaux, CGT, SNI, Fédération nationale des directeurs d’école), laïcs (Fédération des œuvres laïques, Centre laïque des auberges de jeunesse), pacifistes, parfois francs-maçons, voire (ce qui est paradoxal dans un groupe collaborationniste) d’anciens membres du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA). Ses membres estiment que la France doit collaborer avec l’Allemagne pour obtenir en retour le rétablissement des institutions laïques et républicaines ainsi qu’une bonne place dans l’Europe nouvelle, dans la lignée de Laval.

Dans une guerre humiliante pour les français, qui disposaient d’un bien meilleur matériel que les allemands, mais terriblement mal employé, la Résistance a surtout été le fait d’individus plutôt que de partis. Les appareils de droite comme de gauche n’ont pas su, ou voulu, réagir, dans une sorte d’idéologie fataliste.
Ainsi, si nombre d’individus et de groupes politiques ont été séduits par un pacifisme allant jusqu’à la collaboration, c’est en grande partie à cause de la terreur de revivre une guerre des tranchées, où la machine a dominé l’Homme.
On pourrait ainsi résumer la pensée d’une partie de la gauche de l’époque par la phrase de Giono « je préfère vivre allemand que mourir français ».
Cependant, un nombre non anecdotique de militants de gauche ont défendu l’idée de la collaboration au nom de la défense d’une certaine idée du combat qu’ils avaient à mener, contre les possédants, en faveur des prolétaires.
Guy Môquet, incarcéré pour des tracts pacifistes faisait partie de ceux répudiant la guerre au nom de la lutte contre les « impérialismes français et anglais » (notons que la guerre fut déclenchée en Europe par les impérialismes soviétiques et allemands), mais d’autres à gauche, se sont tournés vers des postures nettement plus radicales.
Après tout, le parti hitlérien avait été d’abord perçu comme socialiste plutôt que fasciste…

Marc Sallé

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