Sociabiliser au temps du masque

La décision est sans appel : masques obligatoires, pandémie oblige.

Notre visage, théâtre de nos émotions, est maintenant en partie caché. Il ne nous reste que les yeux pour nous exprimer et comprendre. Et avouons-le, il est parfois difficile de distinguer un regard bienveillant d’un qui se veut menaçant sans aucun autre indice. Nous voilà dépouillés de nos principaux repères, pour tenter de cerner au mieux notre interlocuteur. Tâche déjà ardue en temps normal !

Si certains se réjouissent de pouvoir bailler sans vergogne, d’autres au contraire se débattent avec la buée de leurs lunettes. Qu’on finisse par l’adopter ou du moins le tolérer, il semble probable que notre manière de communiquer évoluera plus ou moins en fonction de ce nouveau compagnon de route. Les masques constituent un frein ou du moins un obstacle à notre relation avec les autres. Se pose cette question : comment pouvons-nous continuer à sociabiliser ? Comment aller vers les autres sans un sourire encourageant ? Comment parvenir à tisser des liens avec des personnes dont une partie du visage nous est inconnue ?

Le masque peut dans certains cas rendre paranoïaque. On se perd en conjonctures : m’a-t-il mal regardé ? Et elle, pourquoi me fixe-t-elle ? Sont-ils en train de se moquer de moi derrière leur masque ?
Georges Rodenbach a peut-être dit que les yeux sont les fenêtres de l’âme, il est quand même facile de se tromper.

Prenons un exemple banal : un homme assis sur un banc, il a les yeux rouges et le regard qui brille. A-t-il pleuré ? De souffrance ou de joie ? Aucun sourire pour l’indiquer. Il est peut-être simplement fatigué ou allergique qui sait ! Retranché derrière son masque, il reste indéchiffrable à qui ne le connaît point. Cependant, masque ou pas, si ce même homme se mettait soudainement à sourire, nous serions sans doute tout aussi incapable d’en apprécier la sincérité : sourire de façade ou de contentement ? Est-ce que le masque ne matérialiserait pas la barrière invisible mais néanmoins réelle entre les individus ?

Reste, tout de même, que derrière le masque on bafouille. On a du mal à comprendre les paroles de notre interlocuteur. On demande de répéter : une fois, deux fois puis au bout de la troisième, on se contente d’acquiescer en espérant de ne pas être trop en décalé.
Néanmoins, avec un peu d’entraînement et un certain temps d’adaptation, on apprend à parler plus distinctement, à articuler plus. Obstacle ? Oui, mais certainement pas une barrière infranchissable.

Remarquons également que le masque, en passe de devenir l’accessoire tendance de l’année, alliant le style à l’utile, est pour certains un moyen d’exprimer un trait de leur personnalité ou de leur appartenance à un groupe. Il y en a pour tous les goûts : avec des chats, des fleurs, des carrés, des verts, des bleus… Du masque chirurgical à celui fait maison, impossible de ne pas trouver son bonheur !

Finalement, force est de constater que l’humain n’a pas arrêté de communiquer pour si peu.

Le masque est sans aucun doute gênant dans notre sociabilité quotidienne mais ni le confinement, ni le protocole sanitaire strict n’ont réussi à briser les liens et empêcher les nouvelles rencontres.

Anna Blay

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