Russie, Résistance et Résilience

Pays décrié, contesté et contestable, la Russie suscite néanmoins une véritable admiration tant par son histoire que par l’unité de son peuple. L’âme russe nous envoûte et nous scie par ses traits singuliers. Pouchkine, Dostoïevski ou encore Tourguéniev ; la littérature russe ne manque pas de nous rappeler les jalons de cette âme marquée par l’honneur, la fierté et le sacrifice pour la Nation.

862, hiver monotone, arbres glacés, ruisseaux fangeux ; les prémices du territoire russe se fixent progressivement dans l’immensité du « Heart Land ». Fondée par des peuples vikings venus de Scandinavie, la Rus’de Kiev forme une principauté unique dessinant approximativement la formation territoriale que l’on connaît aujourd’hui.

Progressivement, l’Empire se construit non sans obstacles : les attaques venues de la Caspienne et de Byzance font rage tandis que le territoire continue d’être déchiré entre plusieurs influences. Le chef Mongol Genghis Khan en profitera pour envahir Kiev avant de fonder la horde d’or (partie européenne de l’Empire Mongol). Un siècle plus tard, les monarques russes se serviront des Mongols pour se défendre face aux Lituaniens et Polonais venus les bousculer. A. Rambau, citant Karamzine rappelle dans « Histoire de la Russie » que les princes de Moscou « prirent l’humble titre de serviteur des Khans, et c’est par là qu’ils devinrent de puissants monarques ».

Les siècles passent, les dynasties se succèdent, les premiers Tsars apparaissent mais les conflits persistent… Néanmoins, une caractéristique demeure : le peuple russe lutte, encore et toujours. Résister, se sacrifier et survivre…

Mais qu’en est il de cette “révolte décabriste” ?

Ce conflit prend naissance au XIXème siècle dans une Russie rétrograde marquée par les guerres napoléoniennes (1803-1815).

La Russie revenant victorieuse connaît toutefois des instabilités politiques dues au régime autocratique qui n’évolue pas. Les officiers issus de familles nobles ont découvert les libertés des régimes parlementaires en Occident et sont désireux d’assouplissement et de modernité. Modernité d’autant plus attendue, que le Tsar Alexandre Ier avait promis des réformes. Cependant, le Tsar ne tient pas ses engagements notamment concernant l’abolition du servage, la liberté d’opinion et d’expression.

Le 19 novembre 1825, celui qui triompha de Napoléon s’éteint à Taganrog. « Le roman est fini, l’histoire commence ». Metternich avait vu juste, même si rien ne prédisait une telle période révolutionnaire en Russie.

Qui pour lui succéder ?

N’ayant pas d’enfants, le plus proche successeur d’Alexandre 1er est son frère Constantin. Toutefois ce dernier ayant renoncé secrètement à la Couronne à cause d’un mariage, c’est finalement à son jeune frère Nicolas Pavlovitch que revient l’honneur de siéger sur le trône. Il est « diablement beau. Ce sera le plus bel homme de toute l’Europe » indiqua Mrs Campbell. Mais il est également rude, violent et arrogant. La comtesse Nesserlode livra qu’ « il a peu de raison dans sa conduite » , qu’il « s’est fait détester, exécrer par les troupes. On le dit emporté, sévère, vindicatif, avare ».

Préparant sa succession, Alexandre Ier avait toutefois écrit un manifeste expliquant les motivations de ses choix et notamment les raisons pour lesquelles Constantin avait refusé la Couronne.

En ce mois de décembre 1825, Nicolas s’apprête à devenir empereur mais il hésite sur l’attitude à adopter. En effet, le peuple plutôt proche de Constantin n’est pas au courant du testament impérial d’Alexandre Ier. De son côté, Constantin qui avait refusé la couronne, refuse également toute déclaration, laissant le jeune Nicolas face à son destin. Le pouvoir restant vacant durant trois semaines, Nicolas décide finalement de réagir suite aux inactions de son frère Constantin. Le 14 décembre, ce dernier publie le manifeste de son avènement avant de se rendre sur la Place du Palais où le Sénat et le Saint Synode doivent lui prêter serment.

Le peuple qui n’est pas au courant de la renonciation de Constantin considère qu’il a été dépossédé de la Couronne et décide donc de l’acclamer. Il s’en suit deux insurrections. Une première foule s’insurge au Palais d’Hiver pour contester la légitimité de Nicolas Ier avant de se disperser une fois le manifeste d’Alexandre Ier lu. Mais la seconde est violente, acharnée et brutale. Les nobles officiers revenus d’Occident croient à un coup d’Etat et tentent eux même de reprendre le pouvoir. Plusieurs sources rapportent que ces conspirateurs étaient issus de la Franc-Maçonnerie.

Menés par le prince Troubetskoï qui finit par abandonner le navire, les soldats tirent sur les gardes en présence qui ne parviennent pas à calmer les foules. Nicolas Ier, imperturbable donnera enfin l’ordre de mater les émeutiers. « Quel début de règne » dira-t-il. Les coups de canons tuèrent 70 révoltés et 121 rebelles furent envoyés en Sibérie par clémence. Certaines femmes suivirent leur mari parmi lesquelles des françaises à l’image de Catherine Laval, une franco-russe épouse du prince Troubetskoï. Elle signa le statut des exilés au bagne, renonçant ainsi à sa noblesse et à ses biens.

Triste et célèbre Résistance russe….

Lucas Valentin

Bibliographie :

  • « La Russie et la France : De Pierre le Grand à Lénine » Hélène Carrère d’Encausse
  • « Histoire de la Russie » A. Rambau
  • « Géopolitique de la Russie » Montgrenier et Thom