Nuit de Chine, nuit câline, nuit d’amour, nuit d’opiomanie…

 

“Nuit de chine, nuit câline, nuit d’amour, nuit d’ivresse….” telles sont les paroles fredonnées par Jean Gabin dans le célèbre film “Un singe en Hiver”, dont la musique est celle composée par le duo Bénech et Dumont.
Jean Gabin ou cet éternel repenti de la bouteille cède finalement à une fâcheuse “cuite mesquine” qui lui fait remémorer des souvenirs d’orient. Saoulé, grisé, enivré, il semble rêver, louvoyant sur les eaux du fleuve Yang Tse Kiang, au fond d’un paysage Chinois imaginaire…

Telles pourraient être les paroles fredonnées par certains Américains, sur un air d’un songe de nuit Chinoise.

Non, comme Jean Gabin, ils ne se sont pas aventurés dans des provinces reculées chinoises. Non, comme Jean Gabin, ils ne s’enivrent pas à Villerville, ou toute autre station balnéaire normande.
Mais comme Jean Gabin, la Chine ou encore pourrait-on la nommer ici, l’empire Céleste (référence au surnom désigné par les Chinois pour qualifier leur Empire pendant l’époque impériale), les enivre certes, mais d’une toute autre manière…

Des organisations criminelles basées en Chine ont alors réussi à synthétiser un cousin de l’opium, créant ainsi une drogue sans la moindre fleur de Pavot : le fentanyl. Ce produit est notamment utilisé en médecine moderne comme sédatif pour certains patients souffrant de maladie chronique.

A Shanghai, dont le port est connu comme étant le premier mondial, l’Histoire semble s’inverser. Durant le 19ème siècle “La perle de l’Orient” observait des ballots d’opium transiter sur les quais de son port comme certains récits de voyages en Chine conservés à la BNF peuvent en attester. Désormais, elle voit de faibles quantités de fentanyl transportées par ces immenses portes-conteneurs au sein d’un hub portuaire informatisé dont la capacité dépasse les 35 millions de conteneurs. Un rapport tout à fait déconcertant s’est donc crée en à peine trois siècles et nous pourrions alors imaginer les portes-conteneurs remonter désormais le fameux “Yang-Tsé-Kiang” pour approvisionner le marché clandestin américain, dans ce qu’on pourrait qualifier de fleuve-économie.

Les opioïdes ont donc été modernisés en seulement trois siècles dans un monde qui semble désormais privilégier la qualité à faible coût et en très grande quantité. Le fentanyl semble donc l’allégorie de cette mondialisation. Décrit comme 50 fois plus fort que l’héroïne et 100 fois plus que la cocaïne, il ne suffirait que d’à peine 2 milligrammes pour risquer la mort d’un individu.

Le Dragon Chinois risque t-il de griser le cher et tendre Oncle Sam ?

Des réglementations américaines et des contrôles douaniers spécifiques ont alors vu le jour dans ce pays où plus de 30 000 citoyens décèdent à cause du fentanyl. Cette situation si tragique est telle que le président américain, Donald Trump, a décidé l’année dernière de pointer du doigt directement la Chine comme coupable de la production de cet opioïde. La voix s’est alors élevée entre les gouvernements sino-américains à tel point que que Washington a menacé Pékin de sanctions économiques. Mais rien n’y fait, et la Chine rejette même sa responsabilité dans l’addiction des Américains au fentanyl puisque le produit n’est pas prohibé du fait de son utilité médicale. De plus, certains laboratoires chinois soupçonnés de commercialiser abondamment ce produit aboutissent même en modifiant la composition chimique à concevoir des variantes infiniment proches du fentanyl pour échapper aux contrôles des douaniers.

La rivalité sino-américaine dépasse donc les domaines financiers, militaires, informationnels ou encore thalassocratiques et agirait même sur le niveau de bien être des populations. Elle serait donc au niveau du bien être de leur population. Le fentanyl serait alors devenu un élément non négligeable de la guerre commerciale entre Pékin et Washington.

Cousin de l’opium, cette nouvelle drogue de synthèse chinoise voit refleurir la production de substances illicites en Chine et l’exportation à l’international. L’empire du milieu ne cherche plus seulement à combattre l’hégémonie d’un belligérant mais certains criminels chinois se bâtissent une certaine suprématie au sein d’une économie clandestine…

Les eaux du Yang-Tsé-Kiang ont alors pu admirer sillonner le porte-conteneurs du criminel chinois et la jonque de Jean Gabin. Cependant en se fiant aux paroles des institutions chinoises qui affirment travailler désormais main dans la main avec celles américaines, un fleuve coulera un jour. “Un fleuve vert, vert comme les forêts comme l’espérance” comme le décrivait Jean Gabin.

Amin Barradouane