L’usage du secret en démocratie :

Nous avons connaissance de son existence, et en usons même parfois, la méfiance à son égard perdure néanmoins. De l’absolutisme à la démocratie, le secret a toujours été vu d’un mauvais œil. Panama Papers, scandale du Watergate ou encore révélations Snowden, on ne manque pas d’exemples illustrant l’usage malveillant qu’il peut en être fait. Et pourtant, force est de constater que son usage n’en faiblit pas. Plus encore, il est omniprésent. A tel point que l’on pourrait dire de lui qu’il est à la démocratie ce que la lune est au soleil ; bien qu’antinomiques, secret et démocratie sont inhérents l’un à l’autre.

De l’étymologique même résulte la méfiance : 

Nous l’avons dit, le secret jouit d’une mauvaise réputation. Cette méfiance dont il fait l’objet découle de l’étymologie même du terme, dont le latin secretus évoque une séparation, une mise à part. De facto, cela implique une relation particulière entre les détenteurs et les autres ou pour le dire autrement ; le secret sépare ceux qui savent de ceux qui ignorent. Par secret, on entend alors quelque chose de dissimulé puisque dès lors qu’il est transmis, il n’est plus. C’est parce qu’il n’est pas rendu public qu’il subsiste ; il n’a d’existence que dans sa constance. Or, la publicité étant le propre de la démocratie, il convient de se demander si le secret est despotique, s’il peut être considéré comme un savoir refusé, suscitant l’hostilité. 

De la nécessité du secret en démocratie :

Pourtant contraire aux principes démocratiques, le secret est nécessaire à la défense de nos intérêts diplomatiques et sécuritaires. Force est de constater que son usage sert l’Etat dans l’exercice de ses fonctions régaliennes, et notamment pour ce qui est de la sécurité des citoyens. Il paraît même essentiel pour préserver l’intégrité du territoire. En effet, ce n’est pas un hasard si toutes les grandes démocraties contemporaines disposent d’un service secret officialisé. MI5, DGSI, ou encore FBI ; Il faut bien, pour se prévaloir des menaces à l’ordre public, s’informer. Plus encore, c’est une protection des sites à hauts risques qu’assure le secret. Rappelons que depuis la directive Seveso, leur accès se fait selon des habilitations spéciales tel que le « secret-défense ». C’est aussi sur le plan diplomatique qu’il présente un avantage considérable. Ne serait-ce qu’en matière militaire, son usage est essentiel pour protéger nos troupes en opérations extérieures. A une plus large échelle, le secret permet indirectement la paix puisque pour que le jeu de la dissuasion nucléaire fonctionne, encore faut-il que l’emplacement des ogives reste inconnu. Ainsi, les sous-marins nucléaires lanceurs d’engin, outre le fait qu’ils soient une fierté nationale, représentent un enjeux majeur pour la démocratie. Leur position est secrète à tel point que même l’équipage l’ignore. Armée et secret semblent donc inséparables, or sans armée comment protéger une nation ?  

De l’utopie dangereuse de la transparence :

Il semble malgré tout de coutume, aujourd’hui, de toujours vouloir plus de transparence. Presque devenue réalité avec les possibilités qu’offrent internet et les nouvelles technologies optiques, elle est pourtant un idéal pernicieux. Une transparence totale, c’est avant tout un schéma aux antipodes de la nature humaine. Quoi de plus secret que la pensée ? L’être humain est secret par son essence même, puisqu’il pense en son for intérieur. On peut dès lors concevoir son imagination comme un monde qui lui est propre, où tout est possible, où tout est secret. En cela la transparence totale est impossible. Plus encore, elle n’est pas démocratique. Car en effet, le secret se fait garant de la vie privée de l’individu. Présent à l’article 2 de la Déclaration des droits de l’Homme, ainsi qu’à l’article 9 du Code civil, le droit à la vie privée est le corollaire de la démocratie. Une transparence exacerbée, c’est aussi et surtout une société où l’on suit la croyance générale par peur de l’exclusion sociale ; c’est l’uniformisation de la pensée en somme. Et pourtant, comment ne pas comprendre ce désir de transparence quand vient l’heure du constat. Les dérives dont est à l’origine le secret sont nombreuses, et nous l’avons vu récemment, propices à la méfiance des peuples. Le mystère dont était entourés le fonctionnement du conseil scientifique Covid-19, ainsi que les doutes relatifs au vaccin n’ont, pour ainsi dire, pas été accueilli à bras ouvert par les français. 

Si cette utopie qu’est la transparence n’est rien de plus qu’un idéal pernicieux ; il subsiste toutefois que son absence totale, terreau favorable au plus invertébré des despotismes, n’est pas envisageable. Se livre alors à nous le paradoxe des rapports qu’entretiennent secret et démocratie. Un système démocratique totalement transparent n’est qu’une utopie dangereuse tandis qu’une démocratie qui ne peut se passer du secret…est-ce toujours une démocratie ? Qu’en est-il d’un usage institutionnel et raisonné du secret à une époque où l’information n’a jamais été aussi accessible que sur les réseaux sociaux. Car détenir l’information est source inconditionnelle de pouvoir, et c’est une expérience éternelle que tout Homme qui a du pouvoir est porté à en abuser

Maxence PERROTTA