Les œuvres littéraires au cinéma

Multiples journaux et médias ont annoncé le 31 octobre dernier le décès de Sean Connery et en ont profité pour faire un résumé de sa conséquente filmographie, à commencer par son interprétation du personnage de James Bond. Occasion de rappeler qu’initialement, James Bond est un personnage de la série de romans écrite par Ian Fleming, et occasion d’aborder le sujet qui nous intéresse : l’adaptation des œuvres littéraires sur grand écran.

Forrest Gump, La Ligne verte, La Liste de Schindler, Le Parrain, Les Évadés, sans oublier Le Seigneur des anneaux sont autant de films qui se retrouvent en tête du classement réalisé par Allociné des “meilleurs films de tous les temps selon les spectateurs”, à partir des notes attribuées par ces derniers. Ce classement, plus ou moins fiable, a néanmoins le mérite, en plus de nous donner des idées de films pour combler nos soirées de confinement, de montrer que les “meilleurs” films sont des adaptations de livres.

De l’histoire ancienne

Dès les débuts du cinéma, les films se sont inspirés d’œuvres littéraires : Le voyage de la lune réalisé en 1902 par Georges Méliès est tiré des livres De la Terre à la Lune de Jules Verne et Les Premiers Hommes dans la Lune de H.G. Wells et dans le même registre, les films muets ont puisé dans les œuvres de Shakespeare. Dans les dernières décennies, les adaptations d’œuvres littéraires se sont multipliées, allant de Gatsby le Magnifique à Harry Potter. Aujourd’hui, d’après une étude statistique réalisée par Livres Hebdo en mai 2018, sur 731 films sortis en salles en France en un an, près de 20% étaient des adaptations ! Cette étroite collaboration entre monde littéraire et cinématographique peut se révéler vertueuse, mais aussi un peu vicieuse dans certains cas.

Les vertus de l’adaptation cinématographique

Le film peut avoir le mérite de remettre au goût du jour un classique, ou de donner un regain de vigueur à un roman

L’adaptation de notre livre favori peut provoquer plusieurs réactions : la joie ou la conviction que, qu’importe le génie du film, le livre lui sera nécessairement supérieur, ou, parfois, les deux en même temps. Qu’on estime ou non qu’un film soit digne de traduire en image des mots et ainsi de proposer une interprétation d’un livre, la curiosité nous poussera le plus fréquemment à aller voir l’adaptation pour pouvoir juger en personne. Dans cette situation, le film profite de la popularité du livre, ou du moins de son aura dans le cas de grands classiques littéraires, pour attirer toute une palette de spectateurs : des fans inconditionnels ou inconditionnelles de l’œuvre en question, aux profanes qui auront vaguement entendu parler du livre, en passant par celles et ceux qui n’ont pas même connaissance de son existence. Cependant le profit peut aller dans les deux sens : certains, curieux, après avoir vu le film, iront acheter le livre et d’autres plus ou moins déçus iront le relire une énième fois. Forrest Gump par exemple, avait eu un tirage de 30 000 exemplaires ; après la parution du film, le livre a atteint 1,4 million d’exemplaires. Le film peut donc avoir le mérite de remettre au goût du jour un classique, ou de donner un regain de vigueur à un roman grâce à la communication faite autour de la sortie du film.

Lorsque la popularité profite au cinéma

Parfois, il est également possible que le film éclipse, ou du moins fasse de l’ombre à l’ouvrage littéraire. Un libraire, à qui j’achetais La couleur des sentiments de Kathryn Stockett, suite aux très bons retours que j’avais eus sur le film réalisé par Tate Taylor (comme quoi le film avait servi le livre dans mon cas) ; m’avait confié sur un ton de regret que, certes le film était réussi, mais qu’il avait dans le même temps effacé le livre dans l’esprit des gens. Et en effet, quand on pense à La ligne verte c’est plus souvent au film qu’à l’œuvre de Stephen King, idem pour Le Parrain, initialement roman de Mario Puzo.


Finalement, il peut être intéressant de noter que les séries ont suivi le mouvement et s’inspirent fréquemment de romans : de la série pour adolescent et adolescentes Gossip girl à The Handmaid’s Tale, en passant par Game of Thrones. Le succès de certaines séries permettent de faire s’envoler les ventes de livres desquels elles sont adaptées. Les œuvres littéraires ne sont donc pas près de cesser d’être une source d’inspiration pour le septième art et le petit écran.

Anna Blay