Les fondements de la résistance vendéenne (1793-1796)

Les Guerres de Vendée ont ravagé la France de 1793 à 1796 (an I et II selon le calendrier révolutionnaire), faisant près de 300 000 morts…

Contrairement à ce que les dates laissent penser, la révolte vendéenne ne trouve pas son origine dans notre chère révolution. Les Vendéens, pour la plupart paysans étaient ouverts à l’abolition des privilèges, et même à la monarchie constitutionnelle proclamée deux ans auparavant.  Mais alors pourquoi les Vendéens se révoltent-ils subitement en ce début d’année 1793 ?  

Ayant dans un premier temps plutôt bien accueillis la Révolution, les Vendéens sont rapidement déçus par le nouveau pouvoir. Région historiquement catholique, nombreux sont les prêtres “réfractaires” qui rejettent la Constitution Civile du clergé établie en 1790. Mais tout bascule en 1793. Après la décapitation du roi le 21 Janvier, à laquelle les Vendéens étaient opposés, la France est attaquée par une coalition de princes européens qui veulent rétablir la monarchie absolue en France. Ils souhaitent par là éviter toute contagion révolutionnaire dans leur propre Etat. La Convention organise alors une levée en masse de 300 000 soldats à laquelle refusent de se plier les Vendéens. En mars, les paysans prennent les armes et renversent l’autorité républicaine dans la ville de Machecoul de façon sanglante. L’épisode de Machecoul marque donc le début des Guerres de Vendée qui va opposer l’armée “blanche”, catholique et royale, à l’armée “bleue” (en raison de la couleur de l’uniforme des soldats).

Jusqu’à l’automne, les Vendéens, organisés en une véritable armée menée par d’anciens soldats tels que La Rochejacquelein, Cathelineau, enregistrent les victoires et prennent les villes de Cholet, d’Angers… Prenant la mesure du péril, la Convention envoie en Vendée 100 000 hommes sous la direction du Général Westermann pour écraser la révolte vendéenne. Commence alors une série de revers vendéens, accompagnée de massacres. Le Gouvernement de la Terreur manifeste son envie d'”incendier” la région; un des ses plus illustres généraux, Turreau déclara en 1794 : “Il convient de faire de la Vendée un immense cimetière national”. Ses célèbres “colonnes infernales” lui donneront raison.

Après trois ans d’un conflit épuisant, les Vendéens sont écrasés dés la fin d’année 1796.

Pour résumer l’état de cette région, je cède ma place au Général Westermann: ” Il n’y a plus de Vendée, elle est morte sous notre sabre… J’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux et massacré les femmes.” Au moins avait-il le sens des mots.

Peut-on parler de “génocide vendéen” ? 

L’ONU définit en 1948 un génocide comme “un crime commis dans l’intention de détruire en tout ou en partie un groupe racial, national ou religieux”.

Les Vendéens forment-ils un groupe racial, ethnique ou national visé en tant que tel ? Non, les Vendéens forment au mieux un groupe identitaire régional et culturel. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls visés par les massacres; la Chouannerie bretonne a également subi une répression terrible. 

Miné par des difficultés internes et externes, l’Etat a donc laissé, impuissant, des vagues de massacres orchestrés par des chefs incontrôlables faisant près de 200 000 morts. Néanmoins, il est complexe d’employer le terme de génocide, d’autant plus que les républicains ont perdu 100 000 morts dans les combats. L’appellation “crime de guerre” parait davantage appropriée.

La Guerre de Vendée a fasciné, fascine et fascinera toujours. Nombreux sont les auteurs qui l’ont traitée à l’image d’Hugo dans Quatre-vingt-treize ou Rappeneau dans les Mariés de l’an II.

Théo Thalassinos