Être végétarien n’est pas qu’une affaire de notre temps. Ce n’est pas le monopole d’ados rebelles, de militants antispécistes, ou d’autres « bobos » comme il conviendrait de les appeler, ni même des trois à la fois, c’est aussi un objet de philosophie.

Rappelez-vous de votre collège, temps béni d’insouciance, que l’on a peut-être perturbé avec un certain théorème dit de Pythagore. Pas d’inquiétude, nous n’allons pas le revoir, mais simplement aborder, non pas le mathématicien, mais le philosophe présocratique, à l’origine du premier végétarisme dont l’histoire ait connaissance. Ayant vécu entre 580 et 495 avant J.-C (85 ans par les seuls soins des fruits et légumes !), Pythagore, plus que d’autres Platon, Aristote, pourtant plus célèbres, constitue la figure parfaite du philosophe. Pour les Grecs, un philosophe n’est pas celui qui travaille des concepts qu’il faut des années à élaborer et autant pour les comprendre, mais celui qui vit de la philosophie. Il est moins important d’écrire que de vivre. Socrate, de ce que l’on sait, est ainsi un excellent exemple, peut-être le meilleur, car il vit sa philosophie à bien des égards et nous pouvons en dire autant de Pythagore. Ce dernier, fort de ses nombreux voyages en Asie Mineure, est à l’origine d’une idée fondamentale, qui influença (voire dicta !) Platon, Descartes, Pascal, Saint Augustin, Saint Thomas d’Aquin, le christianisme, l’islam, l’hindouisme, et bien d’autres encore. Selon Pythagore donc, l’âme est immatérielle et éternelle, et le corps est matériel et mortel. Il élabore alors une théorie, qui là aussi traversera les temps : celle de la réincarnation, étymologiquement : de nouveau dans la viande. L’idée est qu’une fois notre vie humaine achevée, notre âme irait se réincarner dans un autre être vivant, fût-il non humain. Ainsi, vous deviendrez peut-être un dauphin, un cerf, un loup, un cochon, un lion, un aigle… et y ressemblerez en tous points, tandis qu’à l’intérieur, se trouvera une âme humaine.

Voilà la raison. Tout génie qu’il était, il n’avait pas la prescience du réchauffement climatique, mettant en cause une industrie d’élevage trop polluante, ni les pratiques impliquées dont on peut difficilement dire que certaines ne relèvent pas de la plus répugnante cruauté. Cependant, 2 500 ans avant L214, il faisait déjà mention de cette cruauté. « La terre, prodigue de ses trésors, vous fournit des aliments délicieux ; elle vous offre des mets qui ne sont pas payés par le meurtre et le sang. […] Il n’y a que les animaux d’une nature cruelle et féroce […] qui aiment une nourriture ensanglantée » nous rapportent les Métamorphoses d’Ovide. Mais il mettait en garde : peut-être mangeras-tu ton grand-père décédé en mangeant ce poisson, et tu entretiendras ta vie par la mort de tes proches. Respecter l’animal, c’est respecter l’Homme. Pythagore refusait même de participer aux rituels religieux sacrifiant des animaux, dans un monde grec entièrement rythmé par ceux-ci, et qui en condamne les hommes impies. Pour tous les végétariens en manque de confiance, puisse le régime de Pythagore vous en donner un peu… régime qui fut aussi celui de Léonard de Vinci, de Louise Michel, de Yourcenar, et même de Rousseau.

Ambroise Puy

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