Le thé et la Chine : origines et influences

Le thé est la seconde boisson la plus consommée au monde. Certaines sources dénombrent plus de 500 millions de tasses bues chaque jour alors que d’autres mettent en avant le chiffre impressionnant de 25 000 tasses par seconde. Parmi les plus pays consommant le plus de thé, l’Irlande et la Grande Bretagne occupent une place importante. Ce produit est même devenu boisson nationale en Afghanistan et en Iran. Afin de satisfaire ces besoins croissants de thé, plus de 4.162 kt sont produits chaque année aux quatre coins du globe. En effet, les principaux producteurs sont notamment l’Inde avec une production de 966 kt, le Kenya avec près de 300 kt ou encore la Turquie avec 148 kt produite. Cependant, la production et la consommation de ces pays restent marginale par rapport à celles du leader mondial. Avec une production de plus de 1.475kt, soit plus de 35% du total, la Chine reste le plus important producteur de thé. Mais qu’est qu’un thé ? C’est une abréviation pour qualifier une infusion préparée à partir des feuilles du théier. Il semble également important de définir le terme d’infusion, souvent source de quiproquo : préparation d’un liquide buvable, obtenue par l’action de l’eau bouillante sur une substance (souvent une plante) dont les principes solubles actifs se diffusent dans l’eau par macération. Ce mot de thé, tea en anglais, Tee en allemand, thee en néerlandais, est issu d’un dialecte local chinois parlé à Amoy, s’écrivant t’e et se prononçant tay. A la suite de ce tour d’horizon permettant de montrer l’importance du thé dans la culture mondiale, il semble à présent pertinent d’explorer son origine et son développement afin de mieux comprendre sa place dans la culture chinoise actuelle.

Le Shennong bencao jing est le premier traité chinois de phytothérapie, répertoriant les propriétés médicinales de près de 365 plantes pharmacologiques, de minéraux et d’animaux. C’est au sein de ce très ancien ouvrage chinois, soi-disant rédigé par l’empereur Chen Nung et ses disciples, que l’on retrouve l’une des légendes les plus célèbres quant à la création du thé. En effet, c’est sous le règne de cet empereur, au III millénaires avant JC, lorsque la Chine vie une période d’âge d’or ou dieux et héros vivent sur Terre, que cette boisson chaude fait son apparition. Considéré comme le père de l’agriculture et de la médecine, ainsi que soucieux de la santé de ses sujets, Chen Nung leur avait ordonné de faire bouillir l’eau avant de la boire. Un jour, en l’an 2737 avant J.-C, alors qu’il fit bouillir de l’eau dans une jarre, dans le but de se désaltérer, des feuilles d’un arbre, un théier en l’occurrence, se détachèrent et vinrent se poser dans à la surface de l’eau. Après avoir goûté ce breuvage, l’empereur en fut émerveillé et popularisa sa consommation. Autour du XIIe siècle, le thé devient même une boisson dite Impériale pour l’élite chinoise.


De nombreuses variantes de cette légende existent, notamment celle plaçant la découverte dans un contexte tout autre : celui d’une épidémie importante. L’empereur tenta alors de trouver des plantes permettant de soigner son peuple. Ses pouvoirs exceptionnels lui permettaient de voir l’effet des plantes sur son corps transparent, celles toxiques rendant son corps transparent plus noir. Après avoir goûté près de soixante-douze plantes, son corps avec presque entièrement noirci. Faible, il fut attiré par une belle feuille verte qu’il consomma, ce qui redonna de la transparence. Cette feuille, issu du théier, fut alors utilisée pour ses vertus médicinales. En effet, plusieurs bienfaits étaient associés au thé comme celui de tonifier le corps, en chassant le sommeil par exemple, de rendre les cheveux plus brillants après un rinçage au thé ou encore comme un moyen de lutter contre les mycoses et la sécheresse des yeux. Cependant, même si cette légende place la Chine comme le berceau de cette boisson chaude, il est important de remarquer que d’autres légendes peuplent les pays asiatiques quant à sa découverte.

La consommation du thé ne fut pas toujours celle que nous connaissons de nos jours. En effet, d’abord consommé sous la forme d’un gâteau au VIIe siècle, sous la dynastie des T’ang, il fut ensuite coutume de le moudre sous la dynastie des Song pour ensuite l’associer à de l’eau chaude. C’est à cette période que nait le Gong Fu Cha, « prendre le temps pour le thé », soit la cérémonie du thé, qui revête une importance particulière en Chine. Elle se réalisait au printemps et en automne au sein du palais impérial. C’est un rituel qui s’est codifié au fil du temps, utilisant des ustensiles précis. Le but : révéler toute la saveur du thé en extrayant jusqu’au dernier arôme des feuilles. Il faut attendre le XIVe siècle, sous la dynastie des Ming, pour que les feuilles de thé soient infusées comme à notre époque.

Le thé accompagne la population chinoise, de sa naissance à sa mort. En effet, plusieurs rituels et coutumes relatifs au thé rythme la vie de la population. Par exemple, il est coutume de laver la tête d’un bébé après sa coupe de cheveux d’un mois, cela apporte alors une longue vie à l’enfant tout en lui procurant de la sagesse. Le thé a eu une importance particulière lors de la cérémonie de fiançailles et de celle du mariage en Chine et cela depuis la dynastie des Han où il représentait la pureté, la loyauté et l’amour. Dans les traditions pré-nuptiales, il était coutume que la famille du futur marié offrait à celle de la future épouse une dot importante avec notamment, comme élément le plus important : du thé. Le thé est également symbole du respect lors des mariages chinois, cela se remarque lors du Jing Cha, ce qui signifie « servir le thé avec respect ». Cette cérémonie est une promesse entre les jeunes mariés et une marque de respect pour leur famille. C’est une coutume très codifiée et exigeante. Plusieurs anciennes traditions sont repérables telles que « le triple rite du thé » ou encore le « frapper à la porte » qui consistent à offrir du thé à la famille du conjoint selon les étapes du mariage. Enfin, le thé sert également d’objet funéraire lors des enterrements tout en étant utilisé lors des cérémonies sacrificielles.

De nos jours, le thé en Chine garde un rôle majeur, notamment par le fait qu’il est considéré comme l’une des « sept nécessités ». Le thé est présent partout dans le quotidien des chinois, aussi bien sur les lieux de travail, dans les trains en première classe, dans les hôtels… La consommation est telle que la Chine ne parvient pas à s’auto satisfaire et doit importer pour un total de 1,49 milliards de dollars en 2017.
Cependant, il est pertinent de remarquer l’émergence de nouvelles manières de consommer le thé. En effet, le thé est maintenant disponible en canette ou bouteille en plastique, rendant sa consommation disponible instantanément et avec une variété de goûts croissante. Cette adaptation des modes de consommation du thé est due à l’implantation de multinationales occidentales spécialisées dans le marché du café et concurrencent la boisson ancestrale. Néanmoins, le thé, de par son implantation historique dans la culture chinoise, reste une institution sociale occupant une place centrale dans le quotidien de cette population.

Maël Boudenia