Le « séparatisme islamiste », menace pour l’unité nationale ?

NDLR : Extrapôle rappelle que les opinions des rédacteurs n’engagent qu’eux et non l’association.

Dans une période de lutte contre une crise sanitaire sans précédent, le président français Emmanuel Macron, depuis février 2020, semble déterminé à combattre un autre type d’épidémie, qu’il qualifie de « séparatisme islamiste » ou encore d’« islam radical ».

Parmi les solutions envisagées pour remédier à cette propagation inquiétante ont été évoqués, entre autres, lors du discours du Président le 18 février 2020, les projets de « supprimer les enseignements en langues et cultures d’origine étrangère » dans les écoles françaises, ou encore d’éradiquer le système d’imams « détachés ». Jusqu’alors, en effet, la France employait dans ses mosquées des imams formés dans des pays étrangers à majorité musulmane comme l’Algérie, le Maroc, ou encore la Turquie. Dès lors, si en février 2020 le chef de l’État témoignait d’une véritable détermination pour ce projet de « reconquête républicaine », sa prise de position est désormais bien plus offensive depuis le drame s’étant déroulé dans les Yvelines vendredi 16 octobre à 17h00.

Ces mesures prises contre le « séparatisme » ne comportent-elles pas un risque de stigmatisation envers la population française musulmane ?

L’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie de 47 ans, décapité après avoir montré à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet, fait inévitablement écho à l’attentat contre le journal Charlie Hebdo, auteur de ces caricatures, de l’année 2015. Suite à cet évènement d’une extrême violence, le gouvernement français multiplie les interviews et discours, qualifiant cette attaque d’« acte terroriste islamiste » et d’«atteinte à la liberté d’expression »¹.

Le « séparatisme », ou le vocabulaire qui divise

Néanmoins, il serait pertinent de relever les différentes tensions que provoque cette position « anti-séparatisme » d’Emmanuel Macron. En effet, Recep Tayyip Erdogan, président actuel de la Turquie, condamne cette politique de lutte contre l’intégrisme islamiste, qu’il qualifie de « provocation », pouvant selon lui mener à des « conflits majeurs ». Similairement, l’institution islamique sunnite égyptienne Al-Azhar rejette ouvertement les annonces du chef de l’État français, assimilant ses paroles à des « fausses accusations envers l’islam » et appelant également à ne plus stigmatiser les religions afin de ne plus véhiculer un « discours de la haine »². Ainsi, ces mesures prises contre le « séparatisme » présentées comme une « bataille existentielle pour la France » ¹ ne comportent-elles pas un risque de stigmatisation envers la population française musulmane et de montée d’une méfiance prononcée à son égard ? Il serait également légitime de se demander comment (au moment où le gouvernement français venait à concrétiser la volonté d’abolir l’islamisme en France) différencier un islam « modéré » des marques de « séparatisme » dangereux pour les « valeurs de la République ». Le danger d’une assimilation trop hâtive au communautarisme de toute marque d’appartenance à l’islam mérite grandement d’être relevé. Si cette idée pourrait être qualifiée de crainte infondée, elle a inévitablement été confirmée par les récentes déclarations des politiques : Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, qualifia les rayons de nourriture halal des supermarchés de « commencement de communautarisme »³, affirmation témoignant d’un « grave amalgame » selon l’ancien président de la République François Hollande. Ce conflit d’idées au sein même des acteurs politiques est la preuve directe que ce séparatisme mérite d’être explicitement défini. C’est pourquoi le Président français appelait à limiter « l’hystérie contre nos concitoyens musulmans » lors de son discours du 18 février 2020, et à « l’unité nationale »¹ ; mise en garde exprimée trop tard.

Des divisions internes et internationales

Dimanche 18 octobre, l’on apprenait que deux femmes avaient été poignardées en pleine nuit par deux autres femmes sur le champ de Mars à Paris, après une altercation à propos d’un chien. Les preuves d’une attaque islamophobe sont multiples. Insultes racistes : « sale arabe », « vous n’êtes pas chez vous ici » ; tentative d’arracher le voile d’une des victimes, ainsi qu’un premier coup de couteau visant la tête ne laissent pas tant de place au doute. L’affirmation de l’avocat des victimes, Arié Alimi, sur ce récent incident souligne bien cette crainte de stigmatisation à laquelle il est impératif de porter bien plus d’attention : « Il est à craindre que ce type d’acte se renouvelle compte tenu du climat délétère stigmatisant les musulmans. Il faut que les autorités cessent la chasse aux sorcières et empêchent les terroristes de parvenir à leur objectif principal, c’est-à-dire une stigmatisation des musulmans pouvant aboutir à d’autres radicalisations » 4. Cette agression devrait rappeler à tous que la majorité de la population musulmane française ne s’identifiant pas comme extrémiste est finalement tout aussi victime de cet islamisme tant redouté.
Si la France paraît intérieurement déchirée par ces désordres, elle est inévitablement affectée dans ses relations avec les pays musulmans. L’organisation de coopération islamique déplore dès lors les « propos de certains responsables français (…), susceptibles de nuire aux relations franco-musulmanes », crainte qui s’est elle aussi vue confirmée par le boycott de produits français par des pays musulmans comme le Qatar5.

Il est donc important de procéder maintenant à un consensus national, voire international pour parvenir, en en cernant les véritables causes, à abolir cette plaie incontestable que sont le radicalisme et le terrorisme islamiste, et éviter par la même occasion un conflit divisionniste d’une très grave ampleur.

Yasmine Renaud

¹ Newsroom, article de Vincent Michelon à propos de la réaction d’Emmanuel Macron à l’attentat du 16 octobre 2020
² AFP, article de Mohamed-El-Shahed
³ Libération, article publié le 21 Octobre 2020
4 Ouest France, article publié le 22 Octobre 2020 par Lionel Bonaventure
5 Le Monde, article publié le 24 Octobre 2020