Le nouveau point Godwin

NDLR : L’Extrapôle rappelle que les opinions des rédacteurs n’engagent qu’eux et non l’association.

Parmi tous les procédés sophistes utilisés pour contre-argumenter de manière fallacieuse lors d’un débat, s’il en est un particulièrement populaire ces dernières années, c’est bien le point Godwin, ou loi de Godwin.

Mike Godwin a théorisé en 1990 cette technique dialectique qui consiste à comparer son interlocuteur ou le sujet du débat au nazisme ou à Adolf Hitler, remarquant qu’un débat se terminait toujours après un certain temps par ce type de comparaison. Si cet argument est aujourd’hui raillé dans les discussions et reconnu comme malhonnête, la nouveauté qui passe inaperçue est d’utiliser des termes évoquant l’islamisme ou l’État Islamique pour discréditer quelqu’un. Ainsi le Garde des Sceaux évoque-t-il les « ayatollahs de l’écologie » dans la préface du dernier livre du président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, qui « s’en serviront (le bouquin) pour allumer le barbecue où ils cuiront leurs steaks de soja ». Autre fait, lors du tag récent d’une fromagerie parisienne par des militants animalistes, certains journalistes n’ont pas hésité à employer le terme de « terroristes véganes » (terme par ailleurs utilisé par Willy Schraen qui condamne dans son dernier livre les « terroristes de la cause animale »), ou encore comme j’entends de temps à autres, l’expression « lancer une fatwa contre untel ».

Une fois qu’on vous a traité de la sorte, quelle suite donner au débat ?

Personne ne relève, pourtant ce type d’argument me semble évidemment invalide, trop facile et dépourvu de sens. Aujourd’hui les Nazis ont (presque) disparu et ce sont les terroristes islamistes qui sont les nouveaux ennemis. Une fois qu’on vous a traité de la sorte, quelle suite donner au débat ? De la part de quelqu’un censé disposer d’un certain esprit critique tel qu’un journaliste, ou savoir argumenter tel qu’un ministre de la Justice qui se trouve être avocat, on pourrait attendre un minimum de pertinence et de responsabilité dans les démonstrations. Alors quoi, ces gens sont plus idiots qu’ils n’en ont l’air ? Hélas non, il est certain qu’un Éric Dupond-Moretti sait pertinemment ce qu’il fait en lançant ce genre de petite phrase dans l’arène médiatique. Tant que l’imposture n’aura pas été dénoncée, les intellectuels, journalistes et politiciens de tout poil auront le champ libre pour diaboliser leurs adversaires quels qu’ils soient. Soyons un peu adultes et employons enfin de vrais arguments, honnêtes et rationnels, cessons de vouloir manipuler l’autre camp et surtout les spectateurs de nos débats, qui se trouvent souvent contraints d’avaler nos comparaisons perverties sans avoir l’occasion de les critiquer.

Léonie Houssin