Le dragon : Symbole de la culture impériale chinoise

Au commencement était la Chine, une terre fertile où les hommes vivaient en harmonie avec les bêtes. La terre supportait le ciel avec de puissants piliers (les montagnes) et les dragons, des sortes de déités veillaient à ce que l’harmonie demeure. Cependant, l’un d’entre eux, le grand dragon noir Gonggong, sortant d’une querelle avec l’un de ses pairs renversa dans sa colère un des piliers portant le ciel. Il provoqua un déluge sur les terres de Chine et il renversa la balance entre le ciel et la Terre, les bêtes sauvages attaquèrent les humains et les catastrophes naturelles s’enchaînaient. Mais la déesse Nugua, un dragon blanc sage répara les jonctions liant Terre et Ciel et dirigea les flots au Sud-Est de la Terre. Les bêtes se calmèrent et l’harmonie revînt.

Comme le reflète cette légende chinoise, les dragons (« Long ») sont des sortes de dieux, ils pensent et sont symboles de sagesse et de puissance. Ils sont omniprésents dans la culture chinoise, une simple balade dans la Cité interdite suffit à s’en rendre compte. Bien que qualifiés du même nom, le dragon oriental et le dragon européen sont différents à bien des égards. Le dragon européen est une bête féroce qui agit par instinct même si les légendes lui accordent parfois un don de parole. De plus, le dragon n’a aucune part aux mythologies européennes si ce n’est dans ce rôle de créature volante source de brasiers et de terreur. Le dragon oriental tout d’abord ne crache pas de feu. Il est lié à l’eau et au climat, il est dit que l’on peut trouver un dragon oriental dans les torrents, les cours d’eaux et au fond des océans. La culture asiatique et notamment chinoise est imprégnée de ces créatures. On retrouve cet ancrage à la fois dans les légendes comme celle du déluge mais aussi dans les pratiques du peuple chinois.

Il faut comprendre que le rôle du dragon oriental n’est pas celui d’un acteur passif, il est puissant mais il possède des devoirs. Il est bon de rappeler qu’il est lié à la pluie et à la météorologie en général. C’est pourquoi les chinois croient que les dragons se manifestent lorsqu’une catastrophe naturelle se produit comme un typhon ou une tempête, il est dit que les dragons se cachent derrière les nuages et qu’ils dansent lorsqu’il pleut et que le ciel est caché par les nuages. Mais un dragon n’agit pas à sa guise. Si une sècheresse se déclare, on considère que les dragons sont responsable, n’ayant de fait pas rempli leur tâche. Il n’était donc pas rare de voir à l’époque de la Chine médiévale des villageois sortir des statues de dragon des temples pour les exposer au soleil (en effet, il va de soi que les dragons détestent le soleil) pour les punir d’avoir mal accompli leur devoir.

Aujourd’hui de telles pratiques sont désuètes et éteintes mais le dragon demeure emblématique de la culture chinoise. Il est omniprésent lors des célébrations du nouvel an chinois et il s’agit aussi du tatouage le plus répandu parmi les chinois. Le dragon aujourd’hui n’est plus considéré comme un dieu du climat mais une figure débonnaire dont la représentation en porte-clef ou en tatouage porte chance.

Bien plus qu’un symbole du peuple chinois, le dragon est le symbole de l’empereur de Chine. Historiquement, le dragon apparaît comme symbole grâce à l’empereur Huang Di. En effet, celui-ci arborait un serpent sur ses étendards et avait pour coutume d’ajouter à son blason ceux des tribus qu’il avait vaincu.

Le serpent d’origine a donc évolué et la figure du dragon s’est progressivement formée. Le dragon à l’origine est donc un mélange entre neufs animaux. Il conserve son cou de serpent mais celui-ci est surplombé par une tête de chameaux aux yeux de démon et aux oreilles de taureau. Sur sa tête se dessinent des bois de cerf. Le serpent d’origine a aussi gagné des pattes de tigres finissant en serres d’aigles mais avec cinq doigts. Son corps devient celui d’un mollusque mais recouvert entièrement de 117 écailles -chiffre symbolique car il est composé de 6X6 (yin) + 9X9 (yang)- de carpes. Ce dragon est resté le symbole de l’empereur si bien qu’en 1889, le drapeau chinois arborait le dragon comme emblème.

Le dragon est aussi un moyen d’affermir le pouvoir impérial. Les empereurs surnommés «fils du dragon» ont vu leur pouvoir impérial légitimé. Mais surtout le dragon est un symbole de sagesse. On ne peut évoquer le dragon oriental sans parler de la perle de sagesse qu’il porte autour de son cou plus communément appelée « perle du dragon ». Cette perle désigne la sagesse de l’empereur et la perfection de ses ordres. Les décisions impériales qui s’appuient sur cette image de la perle ne peuvent être remises en question. Même Mao Zedong aurait déclaré : « on ne discute pas la perle du dragon ».

Enfin, le dragon est un symbole exclusif de l’empereur. Il a été longtemps interdit de faire apparaître des dragons sur des tenues ou ornements qui ne sont pas ceux de l’empereur. La punition en cas de violation de cette règle était la peine de mort. Cependant la règle s’est adoucie et il fut décrété que nul ne peut arborer un dragon avec plus de quatre griffes. Le dragon à cinq doigts est une exclusivité impériale.

Severin Schaeffer