La radicalité politique : une valeur mésestimée ?

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Consensus, modération, équilibre, n’être ni de gauche ni de droite, ou l’être selon qui vous le demande. Voici ce qui détermine notre horizon politique actuel.

Le changement total qu’apportaient les radicaux dans le passé n’existe plus. Diabolisés, étiquetés par les gardiens de la morale « d’extrémistes », de « racistes », de « communistes », de « dictateurs », de « fascistes », la radicalité a fini par disparaître au profit de la peur, dans une volonté de séduire un public le plus large possible, dans une volonté de ne fâcher, de ne choquer personne.

La peur est devenue le moteur de la politique actuelle, et non les idées

Toutefois, il est important de définir ce qu’est la radicalité. Dans un contexte politique, la radicalité est le fait de s’attacher à des idées, des opinions tranchées, visant à une transformation franche de la société. Apparaît également la notion de cap, rester fidèle à ses idées majeures. La radicalité n’implique pas forcément violences et guerres. Confondre radicalité et extrémisme est une erreur qui tient probablement son existence des vestiges du siècle passé. Et pourtant, la confusion maintenue sur cette thématique n’est pas anodine. D’une part, les minorités l’utilisent pour cataloguer les opposants comme fascistes ou bien d’autres termes peu glorieux. Staline utilisait par ailleurs ce procédé pour discréditer ses opposants. Les partis politiques classiques, quant à eux, en profitent également pour rester en place et condamnent toutes les propositions visant à un changement réel en s’engouffrant dans cette peur collective et en qualifiant les “extrêmes”’ de futurs dictateurs soutenant le Venezuela ou de dignes successeurs du fascisme. La peur est devenue le moteur de la politique actuelle, et non les idées. On vote pour faire barrage, pour le moins pire, et presque jamais pour ses convictions ou pour des projets clivants n’ayant plus de place dans l’espace public et médiatique.

Il est bien plus aisé de se faire élire en faisant moult concessions qu’en restant intransigeant et fidèle à ses idées

Cette aseptisation du monde politique est lourde de conséquences. Le manque de perspectives d’avenir dans l’échiquier politique détruit l’intérêt démocratique de notre société. L’abstention se fait de plus en plus forte chaque année. Le désintéressement politique des jeunes générations toujours plus important et pourtant, rien ne change. Notre démocratie se meurt et rien ne bouge. Les projets susceptibles de proposer la fin d’une ère de partage du pouvoir entre droite et gauche sont moqués, discrédités, attaqués par une arme qu’ils ne possèdent pas : la morale. Un projet, une idée, doit être attaquée par un raisonnement logique, par une autre idée. C’est l’essence même du dialogue, de la politique. Comment demander à un jeune électeur d’aller voter lorsque tous les partis modérés ne proposent qu’un changement de façade, qu’un changement de forme et non de fond ? Lorsque le plus grand ennemi de la finance devient son meilleur ami, lorsque les trahisons électorales s’enchaînent, à quoi bon se déplacer pour voter ?

Ce climat politique nous expose, en réalité, à un grave danger. Lorsqu’il devient impossible pour un parti de faire valoir ses idées par le biais du monde politique et de la démocratie, il essaiera de les imposer par la force ou par la ruse. Il se peut qu’à l’avenir, un parti d’apparence aseptisé, devienne tout le contraire une fois au pouvoir. Car il est en réalité bien plus aisé de se faire élire en faisant moult concessions (concessions qui peuvent être hypocrites ou par faiblesse idéologique) plutôt qu’en restant intransigeant et fidèle à ses idées : l’exemple du PCF en comparaison avec le FN est flagrant.

Nous sommes à l’aube de temps troublés. Comment ne pas évoquer les points communs de notre situation actuelle avec les régimes totalitaires des années 30 ? Crises sociales, identitaires, politiques et de surcroît, écologiques. Face à ces problèmes d’une gravité extrême, les projets radicaux construits, théorisés et pacifiques sont nécessaires dans le paysage politique pour proposer un renouveau, pour proposer une alternative. Le tout, en opposition à l’immobilisme perpétuel des réformistes actuels. Selon les ceux-ci, les partis radicaux ne doivent pas être élus pour faire évoluer les choses, mais seraient les catalyseurs, capables d’influencer les partis politiques modérés vers de nouvelles directions, vers de nouvelles perspectives ; comme une coexistence nécessaire.

Lorry Criticos

Illustration : © Tony Gonçalves