Game of Thrones : reflet de l’Histoire et de la géopolitique actuelle ? (Partie 1)

Vous ne vous êtes jamais posés la question ? Non pas le moindre instant ? Et pourtant, les références si nombreuses viendront – non sans nostalgie – révéler les rouages de ce paradoxe.

Avant d’attacher à ces rapprochements une valeur significative, quelques propos liminaires s’imposent pour tout étranger à ce chef d’oeuvre contemporain.

Adaptée du génie de l’œuvre de George R.R. Martin, la série Game of Thrones est une épopée médiévale au scénario très complexe. Au royaume des sept couronnes, chaque famille souhaite conquérir le Trône de fer situé à Port Real.

Par ses péripéties, sa trame, ses dialogues ou encore ses personnages ambigus, la série regorge de sujets historiques, politiques ou encore climatiques à en faire pâlir les spécialistes.

Véritable phénomène de société, GOT érige sur 8 saisons des logiques de conquête du pouvoir et des rivalités entre Etats marquées par des rapprochements historiques majeurs. C’est dans ce cadre qu’il faut admettre avec quelques réserves qu’une interprétation historique et géopolitique est possible.

Dans un souci de clarté, nous découperons ces souvenirs nostalgiques en trois articles, les deux premiers relatant des comparaisons historiques avant d’évoquer l’hypothèse d’un reflet géopolitique actuel. 

Le Mur de la garde de la Nuit ou le Mur d’Hadrien

Si le nerf de la guerre est à Port Réal, les prémices d’un affrontement sans précédent battent de l’aile dans le Nord depuis que l’hiver arrive (winter is coming).

Les marcheurs blancs, occupant désormais une place de choix au Panthéon des monstres, assurent au scénario la façade terrifiante que tout le monde attendait. Exilés dans un espace étranger au royaume des 7 couronnes, ces créatures squelettiques sont séparées du Nord par un mur érigé sur plus de 200 m de haut. Une idée que George RR Martin a piochée dans les méandres de l’Histoire. Quelques esprits ambitieux auraient pu penser à la muraille de Chine mais il s’agit en réalité du mur d’Hadrien situé en Ecosse. Fortification indestructible censée protéger l’Empire romain face aux invasions Pictes, cette construction s’affaiblit à partir du IVème. L’Empire, alors pris dans des attaques multiples négligea progressivement le mur qui sombra dans la destruction… Un sort qui nous rappelle avec nostalgie celui de la Garde de la nuit, entachée par les attaques successives des marcheurs.

Cette inspiration, l’auteur l’a puisée au cours de son voyage au Royaume Uni “Le vent soufflait et éveilla quelque chose en moi. J’essayais de m’imaginer à la place d’un légionnaire romain en garnison ici, quelqu’un qui pouvait venir d’Italie ou d’Afrique. Il y avait des soldats venus de toutes les provinces ici. Tu es là, sur ce qui est censé être le bord du monde, et tu vois des collines et des forêts au-delà. Quel ennemi peut sortir de ces bois ? “

Mur de la Garde de la Nuit
Mur D’Hadrien

D’Essos à Westeros, Georges RR Martin n’a rien laissé au hasard. Maintes exemples flagrants viennent tutoyer nos tréfonds historiques. De la guerre des roses au dîner noir avant un détour par le siège de Constantinople, l’auteur a vu les choses en grand. 

La guerre des Deux roses : une esquisse des familles Stark et Lanister ?

Au royaume des 7 couronnes, Robert Barathéon qui siège sur le Trône de Fer confie avant sa mort la régence à Ned Stark, son conseiller et ami, en attendant que son fils (Joffrey) grandisse. Ce dernier est en réalité le fruit d’une relation incestueuse entre Cersei (femme de Robert) et son frère jumeau : Jaime Lannister. Labellisé Lannister, Joffrey n’a donc aucune légitimité au trône, ce que découvrira Ned Stark qui décide alors de se tourner vers Stannis Barathéon, le petit frère du roi défunt. 

La suite n’est qu’une rivalité sans commune mesure entre les Stark et les Lannister dont les origines s’inspirent de manière synthétique de la guerre des deux Roses. 

Période emblématique de l’Histoire anglaise (1455-1485) , cette période nous intéresse plutôt pour ses personnages, ses trahisons ainsi que ses alliances qui ont jalonné la guerre nobiliaire. S’opposent dans ce conflit, deux groupes de la noblesse anglaise pour la conquête du trône. C’est ainsi que les Lancastre, dont le nom se rapproche des Lannister combattent les York, dont la consonance est proche des Stark.

Au même titre que Game of Thrones, ce conflit prend naissance suite à la mort d’un roi et des problèmes de succession. Après 100 ans de guerre, le conflit s’achève lorsqu’Henry Tudor, descendant Lancastre, exilé en France durant son enfance souhaite récupérer son dû, à savoir la couronne d’Edouard III. Une possible allégorie avec Dayneris Targaryen ? Si l’héroïne de la série n’est ni homme ni Lannister, la comparaison est tout de même frappante.

Autre personnage mythique de cette guerre, la sublime Marguerite d’Anjou (clan Lancastre). Reine ambitieuse et manipulatrice, cette grille de lecture n’est pas sans rappeler le personnage de Cersei. Les ressemblances ne s’arrêtent pas là. Henry VI, son époux devenant progressivement fou, Marguerite d’Anjou, reine machiavélique par excellence prend les reines du pouvoir souhaitant à tout prix protéger son fils et le mener au trône. Ce fils unique, un certain Edouard de Westminster “ne parle de rien d’autre que de couper des têtes et de faire la guerre, comme s’il avait toute chose entre les mains ou était le dieu des batailles”, c’est en tout cas ce que rapporte un ambassadeur milanais. Une mère cruelle au pouvoir et un fils capable des pires exactions dès son plus jeune âge, ça ne vous rappelle rien ?

Cersei et Joffrey Lannister

A suivre …

Lucas Valentin

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