Élections américaines : qu’arrive-t-il en cas d’égalité ?

Les États-Unis sont mondialement connus pour leur système de désignation du président. Les électeurs ne votent pas directement pour un candidat mais pour des grands électeurs qui devront représenter le vote de leur État. Ainsi, l’élection est seulement déterminée par quelques États clés appelés « swing states ». Le total de grands électeurs étant de 538, le gagnant est le candidat qui obtient plus de la moitié des grands électeurs, soit 270. Mais qu’arrive-t-il en cas d’égalité parfaite ou si aucun candidat n’arrive à 270 ?

En 1787, lors de la convention constitutionnelle de Philadelphie, les Pères fondateurs des États-Unis trouvent une solution de compromis concernant l’élection du président, afin que les États du Sud ratifient la constitution et intègrent l’Union. Ils créent ainsi le collège électoral, l’objectif étant que les candidats ne délaissent pas certains États au bénéfice d’autres États ou villes plus peuplés du pays. La notion importante ici est celle du fédéralisme, ce système est vu comme un mal nécessaire pour permettre que l’Union ait lieu en garantissant que chaque État comptera.

Comment se découpe le collège électoral ?

Le collège électoral comprend 538 grands électeurs. Pourquoi ce chiffre ? Il est composé des 435 membres de la Chambre des représentants, des 100 sénateurs, plus trois grands électeurs pour la capitale Washington D.C qui n’est pas considérée comme un État. Le nombre de grands électeurs est déterminé par le nombre d’habitants de l’État. Chaque État dispose de deux sénateurs, et le nombre de représentants dépend de la population. Ce nombre peut changer tous les 10 ans après le recensement. Prenons l’exemple de la Californie. Il s’agit de l’État le plus peuplé du pays avec près de 40 millions d’habitants. Celui-ci a 53 représentants à la Chambre des représentants et deux sénateurs. Ainsi la Californie compte 55 grands électeurs. Le Montana à l’inverse, un des États les moins peuplés, dispose de trois grands électeurs car il n’a que deux sénateurs et un seul représentant.

Si ce scénario devient réalité, c’est la Chambre des représentants qui élira le président

Système d’attribution

La plupart des États fonctionnent sur le système du « winner takes it all », autrement dit le gagnant rafle la mise. Par exemple en 2016, dans le bastion traditionnellement démocrate du Wisconsin, Donald Trump a gagné l’ensemble des 10 électeurs par une avance de seulement 20 000 votes. Ainsi, même si les résultats dans l’État étaient serrés, Hillary Clinton n’a obtenu aucun grand électeur. Deux États font exception : le Maine et le Nebraska. Ces deux États ont choisi de fonctionner sur un système de pluralité d’attribution des grands électeurs. Le candidat qui obtient le plus de voix sur l’ensemble de l’État aura deux grands électeurs, tandis que les grands électeurs restants vont être répartis en fonction du gagnant de chaque district. En 2016, sur les quatre grands électeurs du Maine, Clinton en a obtenu trois, et Trump un. Hillary Clinton en a tout d’abord gagné deux car elle avait la majorité dans l’État, puis elle a gagné la première circonscription, tandis que Trump est arrivé en tête dans la seconde.

Critiques et défenses de ce système

La principale critique réside dans le fait que l’on peut gagner le vote populaire, c’est-à-dire le total du nombre des voix, mais pas le vote du collège électoral et ainsi la présidence. Ainsi, même si respectivement en 2000 et en 2016 les démocrates avaient un nombre plus important de votes populaires que leurs adversaires, Al Gore et Clinton n’ont pas fini dans le bureau ovale. De même, l’influence sur le résultat n’est pas la même en fonction du lieu de résidence. En effet, répartissons de manière égale le nombre de grands électeurs sur l’ensemble des votants entre deux États, la Californie et le Wyoming.
La Californie dispose de 55 grands électeurs pour 40 millions d’habitants. Cela qui signifie de manière très abstraite qu’un Californien contribue à 0,0001375 % à l’élection de ses grands électeurs.
Le Wyoming dispose de trois grands électeurs pour 600 000 habitants ce qui signifie de la même manière qu’un habitant du Wyoming contribue pour 0,0005 % à l’élection de ses grands électeurs.
Le rapport entre ces deux contributions est de 3,6. Cela signifie que le vote d’un votant en Californie a 3,6 fois moins d’influence sur le résultat que celui d’une personne vivant dans le Wyoming. Les défenseurs de ce système arguent que cela fait partie d’une tradition fédéraliste aux États-Unis et que sans cela les candidats ne feraient campagne que dans les grandes villes, ou seulement dans les États dotés de nombreux électeurs telle que la Californie, la Floride et l’État de New York. En témoigne ce tweet de Donald Trump :

Plusieurs scénarios possibles en cas d’égalité

Première possibilité, une égalité parfaite. Chaque candidat a 269 grands électeurs et aucun n’a la majorité pour devenir président. Deuxième possibilité, il y a plus de deux candidats à l’élection présidentielle (ce qui n’est pas le cas en 2020). Ainsi en 1824, il y a eu quatre candidats ; aucun n’a pu parvenir au nombre fatidique de 270 voix. Dernière possibilité, un État dit État « tipping point » n’arrive pas à certifier les résultats des votes populaires ou des grands électeurs. Il peut alors être décisif sur le résultat final. On peut imaginer des scénarios de fraude où certains bureaux de vote seraient compromis, empêchant la comptabilisation réelle des voix.

Une potentielle égalité parfaite

Égalité parfaite : que se passe-t-il ?

Les Pères fondateurs avaient tout prévu. Si l’un de ces scénarios devient réalité, c’est la Chambre des représentants qui élira le président, tandis que le Sénat fera un vote indépendant concernant le vice-président. Toutefois, dans le cas du vote de la Chambre, chaque État ne dispose que d’un vote. Il y a 50 États, par conséquent le gagnant est celui qui obtient 26 voix. Cela est simple pour des États qui n’ont qu’un seul représentant, en revanche concernant les États plus peuplés où le nombre de représentants est plus important, ceux-ci doivent se mettre d’accord pour décider du vote de l’État. Dans le même temps, le Sénat devra choisir le vice-président. Sur les 100 sénateurs chacun dispose d’une voix ; le vice-président est élu à la majorité.

Plusieurs risques

Dans le cas où la Chambre des représentants n’arrive pas à se mettre d’accord et que chaque candidat obtient 25 votes, c’est le vice-président élu par le Sénat qui devient président par intérim, en attendant que la Chambre parvienne à élire un président à la majorité. Si les deux chambres du Congrès ne parviennent pas à élire les deux têtes de l’exécutif, c’est le speaker de la Chambre des représentants qui devient président. Aujourd’hui il s’agit de Nancy Pelosi. Il est également possible que le vice-président choisi par le Sénat ne soit pas du même parti que celui du président choisi par la Chambre, résultant en un « split-ticket ». Ce serait le cas si l’élection de 2020 ne donnait pas de gagnant majoritaire, et que la Chambre choisissait comme nouveau président Donald Trump, tandis que le Sénat voterait pour Kamala Harris.

Représentation dans la pop culture

La pop culture s’est saisie de cette possibilité constitutionnelle dans différentes séries politiques. La série VEEP d’HBO qui suit les pas de Selina Meyers, vice-présidente des États-Unis, en est l’exemple le plus
frappant. Dans la saison 5, l’élection face à son adversaire républicain O’Brien donne une égalité parfaite. La Chambre des représentants ne parvient pas à se décider, et le Sénat élit la candidate à la vice-présidence ; son adversaire devient seul candidat à l’élection présidentielle : il est élu d’office.

La série House of Cards établit un scénario différent. La famille Underwood empêche que l’Ohio ne certifie les résultats de l’élection en créant une fausse menace d’attentat terroriste. Dès lors, aucun candidat n’arrive à 270 voix. En raison d’un blocage dans la Chambre des représentants, l’élection est rejouée mais il y a un nouveau vote seulement dans cet État.

Aux États-Unis, on peut spéculer sur de multiples configurations originales en cas d’égalité parfaite ; encore faut-il y parvenir.

Adam Ardeeff

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