De Gaulle et la négation de Vichy

Le régime de Vichy a été mis en oeuvre en France de juillet 1940 à août 1944. Cependant en parallèle De Gaulle fonde un autre gouvernement sur le territoire britannique. Il est ainsi le « chef du gouvernement de la France libre ». Ce gouvernement est reconnu d’abord par les Anglais, et plus tard par les Américains. 

Cette situation est assez inédite pour la France : Deux gouvernements siègent simultanément et ont chacun une légitimité respective. Au lendemain de la guerre le caractère « officiel » de l’un des deux gouvernements doit être décidé. Si on peut arguer que c’est le gouvernement de Vichy qui administrait la vie des Français, le général De Gaulle prétend incarner la continuité des valeurs républicaines. 

De Gaulle va l’emporter et dès lors, un consensus se met en place. On distingue d’une part un gouvernement de droit (celui de la France libre qui est donc le gouvernement légal) et un gouvernement de fait (Vichy). Hors du territoire métropolitain la légalité républicaine n’a donc pas été atteinte. Ce qui engendre plusieurs avantages :

– Tout d’abord cela permet de balayer rapidement le gouvernement de Vichy afin de mettre en place de nouvelles institutions. 

– La France passe également du côté des vainqueurs de la guerre : elle imposera sa présence en Allemagne aux coté des Etats-Unis et du Royaume Uni. 

– Enfin, de manière plus symbolique, cela permet d’unir les Français en les lavant notamment de la honte de Vichy. 

Mais cela a une autre conséquence : Vichy étant un gouvernement de fait, et donc illégal, l’Etat n’en assume aucune responsabilité. Ainsi toutes les victimes du fascisme ne peuvent obtenir aucune compensation : on peut penser aux Juifs qui se sont fait déportés, qui n’ont pas pu aller à l’école (ce phénomène existait aussi en Algérie), qui ont été dépossédés de leurs biens. Tous ceux-là ne peuvent rien réclamer à l’Etat. On peut aussi reprocher une certaine hypocrisie à l’Etat français.  

En 1995 Chirac reconnait la responsabilité française dans la déportation. Cela change la tendance : Vraisemblablement les victimes sont légitimes pour demander réparation à l’Etat. Mais aucune réparation n’est encore mise en place. 

En 2002, dans l’arrêt Papon le Conseil d’Etat admet la possibilité d’engager la responsabilité française pour des faits commis par l’administration pendant la guerre. Mais ce n’est que le 16 février 2009 que les premières indemnisations peuvent être officiellement demandées. 

Si l’Etat ne s’est finalement prévalu d’aucune prescription ( soit une extinction de son devoir de réparation du fait de la longue période écoulée) qui n’était de toute façon pas prévue par le droit, il apparait légitime de lui reprocher une hypocrisie : 

Il a attendu que (presque) toutes les victimes de Vichy meurent avant de leur rétribuer une réparation… 

Theo Choucroun