“Aux Arbres, citoyens !” telle pourrait être la ritournelle, inspirée d’un chant patriotique d’un certain pays occidental, reprise en choeur par des milliers de personnes à travers le monde. Mille voix hypnotiques psalmodiant cette antienne et adeptes de la sylvothérapie ! Imaginez-vous en cette période de déconfinement pouvoir vous affranchir de cette embarrassante réunion en visioconférence et vous évader, ne serait-ce que pour quelques instants, au coeur du domaine forestier voisin. Flânant, batifolant, errant, respirant à plein poumon l’air de la liberté,… puis soudain, stupeur ! Quel serait votre ébahissement de remarquer des personnes enlacer des chênes majestueux, de somptueux bouleaux ou encore des hêtres grandioses !

Vous souffrez de stress ? Privilégiez le tilleul. Un chagrin sentimental ? Enlacez le saule. Une carence de liberté ? Blottissez vous contre l’hêtre.

Vous l’aurez compris, cette thérapie vise à reconnecter les français non virtuellement mais végétalement avec leurs racines ancestrales.
A la fin du XX​ème ​siècle, l’agence japonaise responsable des forêts donne naissance à cette thérapie en reconnaissant ses pouvoirs bienfaisants pour des patients souffrants de troubles de l’humeur.

Au sein d’une société française où 80% des citoyens sont des citadins, l’arbre est devenu étranger dans notre vie au quotidien. En outre, depuis peu, il intrigue, fascine et doit en partie sa notoriété à Peter Wohlleben et à son livre paru en 2015 ​La Vie secrète des arbres.​ ​Dès sa parution, cet ouvrage a obtenu un franc succès et pour cause, il aborde la vie au sein du monde sylvestre mêlant vulgarisation scientifique et récit lyrique.

Et si l’Homme devait s’inspirer de l’état d’esprit du monde sylvestre ?

Peter Wohlleben, en s’appuyant sur de fascinantes études scientifiques, nous fait découvrir l’entraide et la fraternité entre les arbres. En effet, dès lors que les feuillus et résineux se sentent menacés par un animal ou un changement climatique, des connections s’opèrent à l’aide d’un réseau rhizomique. Plus interloquant encore, les arbres disposeraient d’une mémoire !

Depuis le Moyen-âge, les arbres sont notamment réputés pour leurs nombreuses vertus thérapeutiques, et sont donc synonymes de bienfaits tant médicalement que spirituellement ou énergiquement. Celles-ci sont donc mises en valeur par la sylvothérapie, et appuyées par des recherches scientifiques.

De plus, les principes de cette thérapie pourraient se retrouver au sein des vers du chef de file des romantiques: Victor Hugo. “Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu !” tel est le vers tiré du poème “Aux Arbres” du célèbre recueil ​Les Contemplations​Ainsi, les adeptes de la sylvothérapie pourraient être assimilés à des néo-romantiques faisant l’éloge de la nature et fuyant une société du XXI​ème ​siècle qui ne les inspirent plus et qui ne leur est plus familière. Par conséquent, l’objectif de cette “médecine verte” est de se relaxer et de se recentrer sur soi, lors de promenades, d’exercices de respiration, ou de séances de méditation.

À travers ces merveilleuses découvertes, les adeptes de la sylvothérapie qui ont choisi de s’approprier la forêt auraient tendance, en ces temps, à promouvoir le slogan : “Promenons-nous dans les bois pendant que le virus n’y est pas !”.

Tandis que d’autres français, eux, ont déjà depuis une vingtaine d’années adoptés un “bain de forêt” régulier, loin de toutes contraintes urbaines, au sein de leur propre domaine forestier privé! Ces propriétaires terriens ne perçoivent plus ces arbres comme de simples “robots biologiques” et de ce fait, ont décidé de souscrire un investissement forestier qui s’avère plutôt économique, à hauteur de 4 000 euros l’hectare.

L’argent pousse sur les arbres !

Nous avons tous prononcé au moins une fois cette expression si populaire, “L’argent ne pousse pas sur les arbres ! », dans le but de réprimander un quelconque ami en lui démontrant que l’argent doit s’acquérir et qu’il n’est pas une simple source naturelle inépuisable. Cette règle morale est même considérée comme un adage, par son sens de vérité absolue et son aspect axiomatique et intemporel.

A notre plus grand désarroi, certains français, et notamment des investisseurs fonciers, prétendent même que ce fameux proverbe québécois, pourtant si métaphorique, relèverait du sophisme ! Effectivement, ce placement forestier bénéficie de dispositions fiscales avantageuses dont le revenu est évalué comme quasiment immuable à 3% par an. Cet investissement apparaît donc comme sûr et également comme un bel héritage ! Néanmoins, les derniers événements climatiques nous rappellent que la forêt demeure un bien fragile. Alors cela demandera de nombreux efforts d’exploitation pour contredire cet adage et enfin, mériter cet “argent”.

En revanche, de nouvelles associations à but, elles, non lucratives, à l’image des “Forêts alternatives du Jura”, voient le jour avec l’intention de préserver la biodiversité. Ce groupement forestier d’initiative citoyenne rassemble des individus de divers horizons socio-économiques, soit soucieux de l’actualité climatique et de l’exploitation des ressources, soit tout simplement amoureux de l’énergie positive procurée par ces feuillus.

Ainsi, cet adage pourrait bien être remis en cause puisque “l’argent” ne serait plus perçu par ces bénévoles comme un bien financier mais bel et bien comme une richesse spirituelle et environnementale ! Ainsi, écoutons la nature, respectons ces écrins de verdures et espérons… puisque, remémorons-nous les paroles d’espérance de l’anthropologue, Margaret Mead, : “Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens engagés et réfléchis puisse changer le monde. En réalité c’est toujours ce qui s’est passé.”

En somme, la sylvothérapie, simple escroquerie ou véritable thérapie médicale ? Les avis divergent sur la question et en réalité, aucune étude scientifique acquiesce des bienfaits médicinaux sur les hormones responsables des troubles de l’humeur. Malgré tout, certains “thérapeutes” semblent profiter de cette tendance en proposant des stages en forêt à des prix exorbitants.

Gardons donc à l’esprit que la forêt domaniale la plus proche de chez vous est, inéluctablement, un bien commun et que y flâner demeure par dessus tout un plaisir gratuit !

Alors, êtes-vous prêts à vous confier auprès d’un chêne rouge aussi réel que digne de confiance, ou préférez-vous continuer à divulguer votre vie sentimentale en vous confessant auprès d’un oiseau bleu, mais virtuel ?

Amin Barradouane

● Bibliographie et sitographie:
– ​La Vie secrète des arbres,​ Peter Wohlleben (2015)
– “Aux Arbres”, Les Contemplations​ (1856) de Victor Hugo
– “Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens engagés et réfléchis puisse changer le monde. En réalité c’est toujours ce qui s’est passé.” de Margaret Mead (1901-1978)
– “Forêts Alternatives du Jura” : https://www.foretsalternativesjura.fr/

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